Le revenu universel a-t-il un avenir?

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Le Conseil National du Numérique a émis début janvier une idée nouvelle, sauf en Scandinavie, dans son rapport rendu au gouvernement : instaurer un revenu universel, distribué de manière égale à l’ensemble des citoyens français, sans aucune condition ni contrepartie.
Les citoyens Suisse voteront sur une proposition similaire le 5 juin prochain. Tandis qu’en Finlande, le Premier ministre s’est déjà engagé à mettre en place un revenu universel d’ici 2017…

L’idée parait utopique, voir marxiste pour les libéraux, parce qu’elle se positionne dans un nouveau paradigme que certains résument avec la disruption digitale, pas plus clair pour une majorité! Dans une société capitaliste sans croissance où les Etats, endettés, ont perdu le pouvoir financier face à une poignée de milliardaires qui investissent, pour des centaines proches de Bill Gates et Warren Buffet, près de 90% de leur richesse dans des fondations mondiales dédiées à des enjeux sociaux et humanitaires. Est-il permis de penser que ces milliardaires décident, à huis clos, de distribuer ces rémunérations selon des critères qu’ils définiraient eux-mêmes, bien-sûr. Le plus facile à imaginer serait une sorte de contrat bénévole, pour apporter une adhésion collaborative à l’une des fondations mondiales. Agir au quotidien dans l’esprit de la Fondation, sans autre contrepartie.!

Cette idée de revenu universel se retrouve dans la tradition égalitaire. L’Utopia de Thomas More est souvent cité, au début du 16e siècle, comme le texte précurseur du revenu universel. Dans une société minutieusement organisée, où chacun doit contribuer au bien collectif, il est logique de « donner à tout le monde quelque moyen de subsistance », qui réduira chez les plus entreprenants l’attrait des richesses, et détournera les plus fragiles des tentations criminelles. Il n’est pas surprenant que des mouvements comme “Occupy Wall Street” promeuvent un tel « revenu de base », mais il rappelle trop l’époque soviétique liberticide et le pouvoir, sans contre-pouvoir, de l’Etat.

La tradition jusnaturaliste tient un raisonnement un peu suranné pour des populations essentiellement urbaines. Mais doit-on dédommager chaque génération de la privation d’une parcelle de terre à une époque les migrations se concentrent vers les centres urbains? Thomas Paine, un penseur britannique qui participa à la fois aux révolutions américaine et française, appela dans son livre Justice Agraire (1795) à dédommager les citoyens de la perte de leur héritage naturel, en leur offrant à leur majorité une importante somme d’argent. La civilisation, malgré les progrès qu’elle permet, nous a privés de la portion de terre à laquelle nous avons tous droit en partage : il faut donc établir une forme de compensation commune. « Je me moque de savoir combien certains se sont enrichis, écrit Paine, du moment que personne n’est devenu indigent en conséquence. »

Dans la tradition considérée comme libérale. Si l’homme doit être libre de ses choix et responsable de ses actes, il faut aussi lui donner des ressources pour exercer son libre arbitre. C’est pourquoi Milton Friedman, économiste de l’école de Chicago, proposa au chapitre 12 de Capitalisme et Liberté la mise en place d’un filet de sécurité universel (resté célèbre sous le nom d’ « impôt négatif »).
Plutôt que de multiplier les allocations spécifiques, paternalistes et conditionnelles, l’assurance de disposer d’un revenu minimum permet d’éradiquer la misère, tout en laissant chacun prendre ses propres décisions, sans se sentir stigmatisé. « Un tel système, explique Friedman, aide l’individu de la manière la plus efficace : en lui donnant du cash”. 

Je trouve que si c’est hyper respectueux pour la nature humaine, c’est aussi un déni de réalité que d’ignorer une partie non négligeable des populations qui est incapable de libre arbitre par manque d’éducation et devrait se trouver sous curatelle, c’est à dire sous l’autorité d’un tiers de confiance d’une probité indiscutable, pour effectuer les paiements à sa place. Il reste cette utopie bien sympathique d’imaginer que les nouveaux milliardaires chaque année décident de financer ce revenu de base que tout le monde ne serait pas obliger d’accepter, comme la légion d’honneur.
Derrière cette belle idée philanthropique, qui doit avoir un avenir en tous les cas en Finlande, se pose des vraies questions de société. Ce salaire de base serait-il un droit inaliénable quel que soit le crime commis?
Mais aujourd’hui et plus encore demain, les communautés de partage permettent de mesurer les comportement des personnes pour identifier ceux à voir plus souvent. Comme client, j’ai plus de quatre étoiles chez Uber, sans savoir pourquoi d’ailleurs?…