Racontons nous des histoires!

Publié le par  -

La situation inédite où le temps coule différemment m’inspire cette chronique chuchotée.

J’aime chuchoter contre le bruit du monde. Mon souffle ténu invite à tendre l’oreille pour commencer un dialogue sur des points de vue. J’aime rebondir entre mes observations de l’actualité et les récits poétiques d’artistes qui m’émeuvent. Ce 1er chuchotement est trop long, pardonnez-moi. Je ferai plus court bientôt.

La narration de l’observation de notre environnement est un dialogue avec les récits, les mythes, les contes… C’est en posant des questions, que nous épaississons les rencontres, nourries par des conversations et peut être des projets créatifs, fondés sur des illusions partagées.

“Le monde change, bien sûr, mais un de ses traits ne varie pas: tant qu’il y aura des hommes, ils aspireront à autre chose. Autre chose que ce qu’ils ont déjà, autre chose que la vie de chaque jour, autre chose que la vie tout court. Ils ne vivent, chacun le sait et l’éprouve, que de rêves et d’espoir. Ils n’ont pas fini de rêver..” nous confiait Jean d’Ormesson.

L’observation confinée de cette pandémie inédite en France depuis 1969 me rappelle la position historique de Pénélope, vous savez la reine d’Ithaque, qui manipule le fil, le textile ; qui trame le textuel. C’est à dire, le récit comme celui d’Ulysse qui est enseigné aux plus jeunes afin de construire leur identité.

Depuis quelques mois, l’artiste Chloé Bensahel tisse aux Gobelins des tapisseries connectées par un brevet de Google dans une résidence créative. Chloé perpétue le travail de Pénélope en cherchant à rendre mémorable nos questions contemporaines avec des mots découpés dans le tissu, pour les partager, pour se comprendre. Ce fil d’Ariane peut à nouveau sauver solidairement ceux qui le saisiront pour penser la sortie du labyrinthe où sont enfermés les citoyens condamnés et divisés par leurs peurs.

Panneau tissé aux Gobelins avec un fil connecté, inséré

Ainsi, les initiatives solidaires de nombreux groupes comme Pernod Ricard, Google, LVMH, Petrobras, Canada Goose, Dyson et de plein de petites entreprises pour produire du gel hydroalcoolique ou bien  fournir des masques FFP2, voire des respirateurs, sèment le sillon sans le savoir de nouveaux récits qui transforment l’identité de chacune de ces entreprises soutenues par leurs collaborateurs.

La plateforme du gouvernement français “Jeveuxaider ” qui réunissait la semaine dernière déjà plus de cent mille personnes est la matérialisation de nouveaux liens solidaires entre des citoyens pourtant divisés dans un pays en confinement, pour que chacun puisse soutenir les services essentiels que beaucoup d’Etats n’ont pas préparé à une pandémie.

Depuis Rousseau, le contrat social a perdu les pixels de son illusion, dilué dans des enjeux de pouvoirs égotiques et d’élus démocratiquement amoraux. On devrait être bientôt touchés, dans nos esprits et même nos chairs, par les malheurs de notre entourage; les faillites, les morts..

Alors il faut se raconter des histoires de nouveaux héros, magnifiés par leurs actes solidaires, voire généreux, qui vont tailler les nouvelles pierres de la reconstruction de sociétés anéanties. En même temps, les nouveaux penseurs rédigeront les brouillons d’un contrat social, augmenté avec des devoirs plus que des droits, sans doute.

Meme confinés, nous pouvons commencer à identifier, à raconter ce qui nous rassure et à mémoriser ces nouvelles figures exemplaires qui continuent de travailler hors de leur foyer, à coté d’un virus mortel et les entrepreneurs créatifs qui produisent de la valeur sans revenu.

Tous les héros d’une société méritent d’être honorés. Je suis volontaire pour chuchoter comme personne leurs odyssées.

Bedus